Lazhar Mansouri

Lazhar Mansouri (لزهر منصوري), né en 1932, est un photographe de studio algérien, porté à la notoriété à titre posthume. Témoin d'une certaine Algérie, celle de la seconde moitié du XXe siècle, son histoire aurait pu s'achever dans l'anonymat avec son décès en 1985, à l'instar de nombreux photographes de studio algériens de son époque.

BIOGRAPHIE
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Petit garçon, il accompagnait sa grand-mère au marché où il découvrit un jour une visionneuse stéréoscopique, dont un conteur commentait les images colorées des Mille et une nuits. Fasciné, il ne se lassait pas de contempler le spectacle, semaine après semaine. Il y eut ensuite la première séance de cinéma.

Puis, un jour, la rencontre avec Si Madjid, photographe forain venu à Constantine et opérant en plein air, qui finit toutefois par ouvrir un studio dans l'arrière-boutique du salon de coiffure. Madjid engagea l'adolescent Lazhar Mansouri et lui apprit les rudiments jusqu'à ce qu'une dispute les sépare. L'épicier finit par concéder à Lazhar, qu'il n'a que 18 ans, un espace où il installa son propre studio et commença ses prises de vue, alors : des portraits évidemment.

"Pour le séparer de l'épicerie, nous avons utilisé les sacs de sel, des sacs pesant chacun un bon quintal. Un mur de sel pour établir une intimité. Les premiers éclairages étaient des lampes ordinaires de 500 watts fixées à l'intérieur de boîtes de lait Guigoz en aluminium suspendues aux chevrons. Le fond, une toile. Après quelques essais avec du noir et du gris, ajouts de bouquets de fleurs artificielles, d'accessoires. Pour les photographies d'identité, rien d'autre que le mur brut."

Entre 1950 et 1985, il verra défiler sous son regard d'artiste plusieurs générations de sa ville natale. Loin de l'ère des technologies numériques avancées, aller chez le photographe du quartier était une activité incontournable, dont Lazhar Mansouri a su cristalliser l'essence et les contours. À travers son regard, il nous livre des bribes de notre mémoire. Lazhar Mansouri dresse au fil des ans le portrait de tout un village. Avec une installation sommaire, il réalise des photos raffinées, alternant, selon les sujets, la gravité solennelle et la fantaisie la plus drôle. Cette liberté de ton et cette aptitude à la fantaisie rapprochent Lazhar Mansouri des portraitistes comme le malien Seydou Keïta ou la sénégalaise Mama Casset. "

Mohand Abouda le décrit ainsi : "Il cultivait la beauté en curieux invétéré, pour le simple plaisir des sens. Lazhar était humble, son talent immense, mais il n'en avait pas conscience".

Avant sa mort accidentelle, Lazhar Mansouri a beaucoup parlé au photographe kabyle Mohand Abouda qui a transcrit ses récits qu'il faut lire :

" Les femmes sont souvent accompagnées par un parent, un ami, un père ou un frère, qui marche devant elles selon la coutume. Elles suivent ce parent, voilées, pour ne pas être reconnues dans la rue. Quand elles arrivent au studio, elles se soumettent aux usages que j'ai instaurés ; n'entre dans la pièce de prise de vue que la personne à photographier. D'abord parce que, chez moi, c'est petit, mais aussi parce que la présence d'autrui déconcentre le sujet et fait perdre du temps inutilement.

La personne à photographier dispose d'un endroit pour s'arranger toute seule, un petit miroir à main en plus de celui qui est fixé au mur, des brosses à cheveux, des peignes. En général, les femmes viennent déjà maquillées, bien vêtues et avec leurs bijoux. La prise de vue impose quelque distance, une distance protocolaire obligée qui est chez nous une marque de respect envers la femme. Et puis les clientes sont très différentes.

Alors, au premier abord, impossible de distinguer celles qui sont déjà entrées dans un studio et connaissent la procédure, de celles qui n'ont jamais encore vu un appareil et ont besoin de conseils.
L'approche est assez délicate pour éviter la gêne, surtout que, pour certaines, c'est la première fois qu'elles apparaissent non voilées devant un homme étranger à leur famille. Quelquefois je suis obligé d'intervenir si des cheveux tombent sur les yeux ou si un bijou n'est pas en place. Alors, j'essaye de modifier, d'arranger, avec toutes les précautions de langage et de discrétion. Le problème des lèvres est particulier en studio, les jeunes femmes se maquillent avec un rouge qui souvent se craquèle et devient sec rapidement. Alors, je leur dis, sans équivoque, de mouiller leurs lèvres avec la langue pour leur donner un beau brillant.

Quelquefois, certaines viennent avec leur fiancé, leur promis, pour qu'une photographie puisse témoigner quand s'annonce un exil ou l'absence du service militaire.
"

Lazhar Mansouri décède accidentellement au début des années 1985, suite à l'explosion d'une bonbonne de gaz.

Son ami l'auteur, Mohand Abouda, sauvera les négatifs au moment où son fils les avait mis en vrac dans un sac et se préparait à les brûler. Il hérite de ses négatifs et exploitera certains pour illustrer son ouvrage intitulé "Aouchem : une série de portraits en noir et blanc de femmes tatouées des Aurès". Sans son intervention, tout serait perdu comme il arrivait souvent à ce type d'archives.

250, c'est le nombre de photos puisées du fonds de Lazhar Mansouri par les photographes suisses Charles-Henri Favrod et Armand Deriaz, pour organiser une exposition itinérante à travers le monde, en 2003.

" On y découvre une jeunesse qui vit au rythme de la mode européenne. Il y a aussi cette sérénité et solennité extraordinaires des anciens, tout en sachant qu'ils font leur première et dernière photographie". Charles-Henri Favrod.

À titre posthume, à l'image des plus grands artistes de l'histoire, Lazhar Mansouri n'aura pas connu la joie de voir ses œuvres exposées au regard des passionnés de la photographie. Dans son village, dans le clair obscur de son studio improvisé, il était loin d'imaginer que ses photographies feraient le tour de la Suisse pour partir ensuite pour New-York en passant par, Rome, Strasbourg, Milan.

https://westwoodgallery.com/artists/47-lazhar-mansouri/works/

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