Tidiane N'Diaye est décédé le 26 octobre 2025. Rokhaya Diallo a indiqué dans un post sur facebook que "sa maison d'édition n'a pas cru bon d'en informer le public malgré les demandes de la famille".
L'importance de l'œuvre de Tidiane N'Diaye tient surtout à la mise en lumière de pans occultés de l'histoire africaine (en particulier la traite arabo‑musulmane) et à son rôle dans les débats contemporains sur mémoire, racisme et mondialisation.
Un travail de mémoire sur la traite arabo‑musulmane
Dans Le génocide voilé, il popularise auprès d'un large public l'histoire de la traite orientale et transsaharienne, longtemps marginale par rapport à la traite atlantique dans les manuels et les médias.
Il insiste sur l'ampleur démographique de cette traite (sur plusieurs siècles) et sur la violence spécifique des pratiques comme la castration, ce qui relance des discussions sur la diversité des systèmes esclavagistes.
Son intention revendiquée est de redonner une place aux victimes africaines de cette traite et de briser un "silence" mémoriel dans le monde arabo‑musulman comme en Afrique et en Occident.
Impact dans l'historiographie et les débats publics
Ses livres sur l'esclavage et sur la présence chinoise en Afrique (Le Jaune et le Noir) contribuent à diffuser, au‑delà du milieu universitaire, des questions d'histoire globale, de rapports Nord‑Sud et de néo‑colonialisme.
Le fait que ses essais sur la traite arabo‑musulmane aient été nommés pour le prix Renaudot essais en 2008 montre qu'ils ont pesé dans l'espace intellectuel français et francophone.
Ils servent souvent de point de départ à des émissions, conférences et chroniques sur l'esclavage non occidental, ce qui élargit le panorama mémoriel accessible au grand public.
Une œuvre controversée
Une partie des historiens et des essayistes critique la faiblesse de l'appareil scientifique de Le génocide voilé (sources peu discutées, chiffres discutables, rhétorique militante), y voyant davantage un pamphlet qu'une enquête académique.
Ces critiques lui reprochent d'opposer de façon simpliste traite atlantique et traite arabo‑musulmane, d'exagérer l'idée de "génocide" et de nourrir, dans le contexte post‑11 septembre, des discours islamophobes ou arabophobes.
De ce fait, son œuvre occupe une place paradoxale : elle est jugée indispensable pour ouvrir certains dossiers mémoriels, mais jugée insuffisante comme référence scientifique unique sur ces sujets.
Globalement, l'importance de Tidiane N'Diaye tient moins à des découvertes historiques inédites qu'à sa capacité à articuler mémoire africaine, dénonciation du racisme anti‑noir et critique des impensés de l'historiographie dominante.
Ses ouvrages ont contribué à rendre visibles, dans l'espace public francophone, la traite orientale, certaines fractures raciales en Afrique et les nouveaux rapports de force (comme la Chinafrique), thèmes désormais incontournables dans les débats sur l'histoire et la mondialisation.