Thérèse en mille morceaux de Pascale Henry

  • <em>Thérèse en mille morceaux </em>de Pascale Henry
Genre : Théâtre

Avec Marie-Sohna Condé, Aurélie Vérillon, Mylène Wagram, Analia
Perego, Jean-Baptiste Anoumon et Yann de Graval

Thérèse Décatrel, fille, soeur, épouse, enfant de la ville du Cap-Haïtien s'en va. C'est de ce "départ vers" dont il est question, de l'origine de cette insurrection dont la pièce s'empare. Thérèse s'en va. Quitte un espace pour un autre. Mais il ne s'agit pas seulement ici de géographie. Et si le départ est au début du spectacle, si le bus emporte la jeune femme loin de ce que fût sa vie jusque-là, le voyage précèdera néanmoins ce départ.
Choisir un texte, c'est tenter de faire approcher sensiblement une vision parce qu'on croit qu'elle apporte avec elle une intelligibilité. C'est-à-dire le moyen de se saisir de nos existences et de les porter quelque part.
L'histoire que nous allons raconter ne se présente pas sous des traits qui immédiatement nous ressemblent. Elle se passe à Haïti dans les années 60 et c'est le corps d'une femme qui en est le théâtre. Deux "lieux ", finalement, qui ont écrit leur l'histoire dans celle de la domination.
Pour se soulever face à l'oppression encore faut-il la reconnaître, sans quoi elle n'est qu'un ordre des choses… La reconnaître et la nommer, n'est-ce pas toujours ce qui nous manque pour y mettre un terme ou du moins commencer à la discuter ? Et s'il faut dire le "pourquoi" de ce spectacle, c'est qu'il y a, rassemblé dans ce récit, la possibilité d'approcher ce qui nous désespère et nous attache également dans l'immobilité, avec ce qui demande à vivre et nous effraye pourtant dans le mouvement.
D'où tenons-nous le courage de vivre ? C'est-à-dire d'imprimer un élan à ce qui est déjà écrit, déjà décidé, déjà mort alors ? Depuis la perspective de ce soulèvement, le texte de Lyonel Trouillot gagne une dimension universelle, si proche de nos questionnements contemporains.
Une séance de dédicaces avec Lyonel Trouillot et Pascale Henry aura lieu à la Librairie L'une et L'autre à Saint-Etienne, Des rencontres publiques sont également prévues dans le cadre de la création.
Thérèse en mille morceaux de Lyonel Trouillot, adaptation théâtrale de Pascale Henry est une coproduction de La Comédie de Saint-Etienne - CDN et du Centre dramatique national des Alpes et bénéficie de l'aide nationale à la création des textes dramatiques du Centre national du Théâtre.

Assistant à la mise en scène : Yann de Graval
Scénographie : Michel Rose
Lumières et régie générale : Léo van Cutsem
Régie plateau : Eric Proust et Cyril Griot
Création son : Frantz Parry
Costumes : Anne Jonathan
Maquillage : Cathy Kuhn
Construction des décors : Les ateliers de création du Centre dramatique national des Alpes, Les ateliers de construction de décors de la Comédie de Saint-Etienne
Réalisation des costumes : L'atelier couture de la Comédie de Saint-Etienne
Production/Administration : Thomas Pizard, Catherine Grisard

Note d'intention
"On meurt tôt quand on a pour soi que ce qui nous précède" Ce projet de spectacle est celui d'adapter pour la scène le roman de Lyonel Trouillot.
Il faut dire ici pourquoi et comment.
"Un jour de mars 1962, Thérèse Décatrel prit l'autobus de l'aube et quitta la ville du Cap* pour ne plus jamais y revenir." Thérèse en mille morceaux, avant de nous entraîner dans la chair du livre, s'ouvre avec la simple description du départ d'une jeune femme vers une destinée inconnue à bord d'un autobus où elle a pris place.
Thérèse Décatrel, fille, soeur, épouse, enfant du Cap s'en va.
C'est de ce "départ vers" dont il est question, de la qualité, de l'origine de ce mouvement vital dont le roman s'empare.
Thérèse s'en va, quitte un espace pour un autre. Mais il ne s'agit pas seulement ici de géographie.
Et si le départ est au début du livre, si le bus emporte la jeune femme loin de ce qui fût sa vie jusque-là, le voyage précèdera néanmoins ce départ.
Thérèse, d'un espace à l'autre.
Le mouvement est simple. Ce qu'il convoque dans l'humain de désir, ce à quoi il oblige, les empêchements qu'il révèle, les contradictions auxquelles il soumet, le courage qu'il requiert, l'aliénation profonde à l'Histoire qui le fonde le fait néanmoins apparaître comme la moins évidente et la plus admirable des possibilités humaines. Et c'est tout l'objet du livre.
Pour aller ailleurs, il faut d'abord faire le voyage.
Déplacer le regard, discuter le réel qui est nôtre, oser au-delà de la plainte et de l'écrasement, renoncer au confort de la chose commune, à l'effacement dans la crainte est sans doute la plus vitale des sources, mais aussi la plus menacée dans l'être.
Et s'il faut dire le "pourquoi" de ce spectacle, c'est qu'il y a, rassemblé dans ce récit, et avec quelle finesse, la possibilité d'approcher, de rentrer "en intelligence" avec ce qui nous désespère et nous attache également dans l'immobilité, avec ce qui demande à vivre et nous effraye pourtant dans le mouvement.
Lyonel Trouillot conduit magnifiquement son récit pour le rendre sensible dans l'intimité de la personne comme dans ce qui organise une société.
Car ce qui donne et ordonne la vie est aussi ce qui tue, comme ce qui tue est aussi ce qui peut obliger la vie à se dégager.
"Que veux-tu que j'aime si ce n'est ce qui m'a été refusé ?" D'où tenons-nous le courage de vivre ? C'est-à-dire d'imprimer un mouvement à ce qui est déjà écrit, déjà décidé, déjà mort alors ? Tous les grands livres délivrent quelque chose de muet en nous.
Thérèse en mille morceaux livre à la conscience comme au corps de l'âme, l'affection lucide et entêtée de son auteur pour ce qui semble toujours pouvoir avoir raison de la mort, en dépit des désordres, des ruptures, des souffrances, de la "crise" qu'il en advient dans l'être.
* Le Cap est une ville d'Haïti Voire des risques graves qu'on encourt. Et au-delà de l'être intime, ou du moins le traquant dans les désordres et les débats intérieurs de son héroïne, l'auteur interroge l'écrasement de son propre pays sous le poids de l'Histoire.
Ce qui ne peut pas bouger dans Thérèse, ce qui veut, ce qui doit trouver la sortie dans Thérèse est aussi ce qui inquiète et interroge l'auteur pour l'avenir de son pays.
Car Lyonel Trouillot est haïtien.
"Marionnette ou marionnettiste, j'écris pour savoir de combien de Thérèse j'ai été le pantin" Pour faire remonter à la surface les mille et une facettes de ce qu'il interroge, Lyonel Trouillot offre le corps de Thérèse à la contradiction, à toutes les contradictions. Thérèse, fille, soeur, épouse et enfant du Cap est livrée à une sorte d'implosion intérieure où les différentes figures qui la composent ne lui révèlent soudain que sa disparition.
"Comme habitée par mille destinées incompatibles, je réalise qu'à mon insu quelque chose éloignait ma main droite de ma main gauche, interdisant à mes élans le moindre geste à l'unisson, qu'il fut de joie ou de colère. Mes pas s'arrêtaient à chaque virage ; ma tête, mon corps, mes rêves marchant comme un canard, chacun tirant mes ficelles dans des directions opposées." C'est autour de cette crise, d'une Thérèse brutalement hantée par une sorte de double possédé qui hurle et tempête contre ce qui EST, que s'organise le récit et l'exploration sensible de ce "départ vers" qui ouvre le roman. La crise sera rude et pourvoyeuse de désordre.
Thérèse offerte presque malgré elle à ce qui cherche à vivre, "Thérèse en mille morceaux, comme autant de fragments répondant à un même prénom".
Thérèse, déroutée et déroutante pour son entourage, décide d'écrire "pour rassembler ses voix". C'est cette voix intime et divisée qui, de court chapitre en court chapitre, comme pas à pas, nous conduit dans l'intimité de sa confrontation contradictoire avec les personnages et les figures qui l'ont façonnée : La mère, froide et inquiète gardienne de la bienséance et des règles de leur classe sociale, la mère aimée et crainte, la soeur Elise, complice de l'enfance, garante dévouée de la continuité, le père, déchu dans l'alcool et la lâcheté, Jérôme, le doux, le beau frère aux rêves enfuis, Jean le mari, fonctionnaire plus attaché à son cartable qu'à sa femme, et puis le roi Christophe, et puis la citadelle, et encore les jumeaux, les petits voisins de l'enfance soufflant sur le désir.
Au centre de cette toile, qui tient de la toile d'araignée comme de la toile de peinture, Thérèse, désorientée, jette ses forces dans la bataille qui fait rage au coeur d'elle-même.
Au coeur de la tourmente vitale qui la soulève, la figure de Thérèse symbolise avec une ardeur magnifique cette capacité de mouvement qui est nôtre, et la force fantastique que contient l'émergence du désir.
"Sommes-nous autre chose que ce qui nous déborde, comme une contre-nature à nos vies officielles !" Pascale Henry mars 2006

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