Escalade au Sahara (2005) est un top-guide détaillé d'escalade de 216 pages, du massif du Hoggar situé dans le Sahara Algérien, à l'extrême sud du pays.
Le massif du Hoggar, situé au sud du Sahara algérien, recèle de pics, dômes ou clochetons qui font de ce lieu un terrain d'escalade ludique et magique. Ce topo-guide recense avec précision les voies parcourues sur les soixante-dix années d'exploration verticale, avec à l'appui des descriptifs techniques et les conditions d'accès. Par ailleurs, les informations pratiques d'ordre plus général, relatives au pays, au désert ou à la culture locale, permettent aux grimpeurs de s'adapter au lieu ; en outre, le récit des expériences vécues par l'auteur sont souvent riches d'enseignement. Emaillé de nombreux croquis et photos, ce livre est le fruit d'un rêve qui devrait en susciter beaucoup d'autres. Des pictogrammes compréhensibles dans toutes les langues indiquent aux grimpeurs les informations techniques nécessaires pour l'escalade.
Note de l'auteur, Thomas Dulac
Thomas Dulac moniteur d'escalade et guide de haute montagne, poursuit la transcription de ses échappées verticales dans un troisième topo-guide. Le Sahara est son nouveau terrain de jeu où il a vécu près de 9 mois, et ouvert de nombreuses voies d'escalade. Tout a commencé quand, à 17 ans, il lit Premier de cordée de Frison-Roche. Il décide alors de devenir guide.
Le Sahara représente un vaste plateau recouvert de sable où naviguent de manière indolente des caravanes de chameaux suffocants sous un soleil de plomb. En réalité, le Sahara n'est couvert qu'en partie par du sable. Le reste est un ensemble montagneux haut en altitude entouré de vastes plaines recouvertes de pierres, où l'on souffre bien plus du froid que du chaud ! Les chameaux sont en fait des dromadaires d'origine asiatique introduit au III et IVe siècle de notre ère… Si l'on regarde une carte de l'Afrique, le Sahara prend l'allure d'une vaste bande qui traverse d'Est en Ouest le continent, de l'Egypte à la Mauritanie. Au milieu de cette bande, l'Algérie où se trouve le massif du Hoggar. Région riche en montagnes et en parois, elle est devenue le terrain de jeu de nombreux alpinistes qui par la force des choses sont devenus des amoureux du désert, et par la suite des bons Sahariens.
L'escalade se fait sur la cheminée interne d'anciens volcans que l'érosion a mis à nu, (dyke de lave solidifiée de basalte dur). C'est la même formation que les célèbres Devil's Towers des Etats-Unis. L'aspect général de tous ces sommets est plus ou moins la forme d'un cylindre surmonté d'un socle d'éboulis. De nombreuses fissures rayent la face, elles sont dues au refroidissement des laves qui laissent apparaître des fissures de retraits ; celles-ci sont séparées par de nombreux piliers de forme octogonale. La grimpe se fait donc à la mode des Américains : en fissure avec verrou de poing ou de doigt. L'utilisation de coinceurs est parfois nécessaire.
Quelques fissures ont été ouvertes par de célèbres grimpeurs, les premières par Roger Frison-Roche en 1935 qui de cette aventure écrira un livre (Carnets sahariens, L'appel du Hoggar et autres méharées, 1936 pour la 1er édition, Édition Flammarion, Arthaud, 1996). Plus tard viendront le célèbre guide Lionel Terray qui ouvrira quelques voies, puis Patrick Edlinger et Patrick Berhault, T. Renault, C. Dufourmantelle, Arnaud Petit, Daniel Du Lac etc.
Après l'ère des fissures et des pitons, vient en parallèle l'utilisation de la perceuse à accu et des chevilles à expansion qui élargissent le terrain de jeu en permettant de se protéger d'une chute dans les dalles compactes. Vient alors le tour des profs de l'ENSA de Chamonix avec des ouvertures dans les immenses dalles en granit de Tesnou, la hauteur des voies avoisinant parfois les 550 mètres. Les ouvreurs ont toujours privilégié un grand espacement entre les points d'ancrage (…) ce qui rend la chute parfois dangereuse. Il faut donc choisir les voies avec l'idée de grimper dans un niveau de difficulté inférieur au sien pour se laisser une marge de sécurité. Quelques voies sont de facture classique, comme ce que l'on trouve en Europe, elles permettent de faire une première approche dans le « désert des déserts ».
Pour partir dans le Sahara, il faut s'adapter à la culture des autochtones : les Touaregs et comprendre la géomorphologie du désert, qui n'a pas la même logique que les autres montagnes du monde. Quant à l'escalade, elle est spécifique en ces lieux et il faut adopter une forme de culture de l'engagement, ce savoir faire du terrain d'aventure que les ouvreurs se sont transmis depuis le début. Et puis alors avec le temps on devient peut-être un Saharien, sorte d'adaptation Darwinienne de l'homme « civilisé » au désert. Pour cela, un des meilleurs conseils est de partir avec un guide Touareg local.
Le Hoggar pratique
Situation
L'Algérie comprend deux grands ensembles géographiques : les chaînes de l'Atlas au Nord et le Sahara au sud. D'une superficie égale à la France, le Hoggar est un massif montagneux inclut dans le désert saharien du sud de l'Algérie. L'altitude moyenne est de 2 200 m et culmine au Tahat à 2 918 m ; cette altitude élevée engendre des températures fraîches de novembre à mars. Le paysage principalement volcanique, est composé de vastes étendues de cailloux et graviers de couleur foncée (Regs) parsemés çà et là de pitons volcaniques d'une hauteur maximale de 300 m. On trouve aussi, notamment sur les regs de graviers de couleur beige clair, des paysages granitiques qui comprennent des sommets isolés aux angles arrondis dont les faces font parfois 600 m de dénivelé. Les zones de dunes accumulées par l'érosion (les Ergs) sont peu nombreuses, inférieures à 20 %. Dans ces paysages, on trouve les falaises des Tassilis : rocher gréseux formant des barres verticales d'une hauteur de 200 m. Sa population est composée principalement de Touaregs, ces hommes "bleus". au visage voilé d'un grand chèche.
Les sites d'escalades
Le Hoggar comprend trois gros spots d'escalade qui regroupent la majorité des voies.
l'Assekrem :
Ce site comprend les voies proches de Tamanrasset y compris la piste en boucle qui démarre à Tamanrasset et passe par l'Assekrem. C'est le spot qui comprend le plus de voies dans le Hoggar. Certaines voies du sommet de l'Adriane sont accessibles depuis Tamanrasset à pied, d'autres sont à quelques kilomètres voire à une demi-journée de 4X4. C'est un secteur qui est haut en altitude et principalement volcanique, les paysages sont des regs de couleur foncée.
La Tefedest :
Il se divise entre L'Oudane dit la "Garet El Djenoun". et Mertoutek. Il faut une journée de 4X4 pour s'en approcher. Les sommets sont granitiques et les paysages comportent de larges oueds de couleur claire.
Tesnou :
Avec une majorité de voies sur le dôme de l'éléphant, il faut une demi-journée de 4X4 pour s'en approcher. Le site de Tesnou comprend une multitude de dômes qui sont séparés par des oueds au sable clair.
Oued Tandjet : très riche en pinacles.
Tazrouk : l'Aokassit semble le seul sommet d'intérêt sur ce site.
Amguid : de toutes les falaises gréseuses du Hoggar, Amguid semble la seule intéressante dans ce type de rocher. Les autres falaises en grés étant autour de Djanet et dans les Tassillis du Hoggar.
Il existe en outre de nombreuses aiguilles dispersées dans le Hoggar, beaucoup sont encore vierges de toutes voies d'escalade. La plupart sont dans un rocher de piètre qualité, il reste toutefois de belles perspectives dans cette région peu parcourue et grande comme la France.
En dehors des trois spots principaux : Assekrem, Tesnou et Teffedest, il existe quelques sommets qui méritent le détour : Le Poulain et Les Fesses de la Vieille qui ne sont pas très loin de Tesnou. Il s'agit d'un site incomparable pour la beauté du paysage : deux sommets isolés sur une grande plaine de sable.
Tidikmar : sur la route qui va de Tesnou à l'Oudane.
Des sites de blocs (bouldering) qui s'étendent sur de vastes superficies comme à Tissalatine ou aux alentours du village de Hirafok.
Le style d'escalade
Les falaises d'escalade sont très peu nombreuses et pratiquement sans intérêt (falaise de l'Adriane). Seules les grandes voies sont dignes d'intérêt et représentent le gros du potentiel escalade. Le niveau va du 3 au 8 avec une majorité de voies dans le 5. En ce qui concerne la marche d'approche, il n'y a en général que quelques minutes à pied pour rejoindre la paroi depuis la voiture ou le dromadaire. Seul l'Oudane ou In'Acoulmou ont des approches qui se comptent en heures. Dans le rocher granitique, les voies sont équipées pour une bonne moitié par des goujons et spit comme chez nous. Les spots sont ceux de Tesnou et de Tissalatine. Le reste est soit mixte (équipé et à compléter par des coinceurs) soit vierge de tout équipement. Le rocher est dans l'ensemble de bonne qualité. Les spots sont alors ceux de la Teffedest.
Dans le rocher volcanique ou gréseux, les voies sont en terrain d'aventure ce qui demande une grande connaissance de la pose des coinceurs et de la recherche de l'itinéraire, exception faite pour une très petite quantité de voies équipées.
Circuit / combo de sites à faire
Pour une première approche, il vaut mieux aller sur les sites équipés, ce qui permet de grimper dans une relative sécurité et ainsi de se laisser de la marge pour comprendre les subtilités du désert. Les sites de Tissalatine et de Tesnou sont les plus appropriés. Pour un séjour d'une semaine, il est possible de visiter les deux sans faire trop de voitures. Sur Tissalatine, vous pouvez allier l'escalade avec la découverte de peinture gravures et objets préhistorique. Pour l'escalade c'est une bonne première étape, les voies sont équipées par des goujons avec des relais sur chaîne, certaines voies comme la clef de la liberté il est vrai un peu engagée ne dépassent pas le quatre, mais ont déjà permis aux autochtones de s'initier à l'escalade en tête. Le site, entouré de nombreux blocs entraînera sûrement les grimpeurs de blocs vers de belles escalades. Le site de Tesnou comporte des voies plus hautes que Tissalatine, il a l'avantage de déboucher sur une vaste plaine sableuse, l'image d'Épinal que l'on a d'un désert composé uniquement de sable s'y retrouve un peu. Les ascensions des sommets par les voies normales sont très belles, la marche se fait sur de vaste dalle de granit parsemé de blocs en équilibre qui travaille par l'érosion ont des formes de figures étranges.
Pour les personnes qui désirent aller sur l'Assekrem, je recommande de faire en premiers lieux les deux seules voies équipées du Tizouyag Sud : Deux Croiffants Et Un Affecrem et Nouvelle Lune. Nouvelle Lune passe par un itinéraire qui remonte le centre d'une des cannelures qui rayent la large et haute face des Tizouyag Sud. Escalade en dalle dans un rocher sain, l'itinéraire est ludique et serpente d'une cannelure à l'autre en passant par le milieu de la face par l'escalade d'un pinacle. Cette voie est en vis-à-vis avec le plateau de l'Assekrem ou s'est installé l'ermitage du père de Foucauld, la vue y est magnifique.
Sur la route de l'Assekrem, il est recommandé de faire une halte à l'Adaouda, rocher volcanique plus facile à aborder que les autres. J'y recommande La Cauderlier-Vidal, une classique semi-équipée ou il faut rajouter des coinceurs, cette voie permet de rejoindre la cime étroite de ce sommet isolé qui jouit d'un panorama intéressant. L'Adaouda en bords de piste et éloigné seulement de 45 minutes de Tamarasset comporte un oued rempli de sable qui fournit un bon bivouac, c'est une étape logique pour une première journée d'un circuit sur l'Assekrem. avec départ au matin depuis Tamanrasset, en effet la descente en rappel, ainsi que la marche d'approche de 10 minutes facilitent une escalade en demi-journée.
En ce qui concerne les courses du massif de la Tefedest, il s'agit d'avantage de courses d'alpinisme version Pyrénées ou Oisans plutôt que Chamoniardes, c'est-à-dire peu d'aménagement en place, recherche d'itinéraire, approche longues, ce sont des courses où l'on Part tôt le matin avec la frontale vissée sur la tête et où l'on revient parfois aussi de nuit, C'est le sentiment d'avoir laissé le lieu rassurant du bivouac pour une journée bien remplie, s'enfoncer dans les montagnes loin de tout accès facile, loin des points d'eau, de la terre qui fait vivre les cultures des hommes, Juste de passage dans un monde minéral qui n'ouvre ses portes que pour un passage bref. Au retour de ces courses, j'ai toujours vu au pied du feu de camp qui crépite cette excitation des palabres qui n'en finissent pas de raconter la journée, et puis plus tard le silence lourd des aventuriers d'un jour qui "dorment comme un caillou". jusque tard dans la matinée, alors que les Touaregs restés au campement la veille préparent déjà le départ pour l'étape suivante, pour le plus grand bonheur des grimpeurs, dans le massif de la Tefedest : la face sud de l'In Acoulmou ou la voie du Président et du Mouflon réunis à l'Oudane sont des voies au parcours exceptionnel.
Il reste pour les virtuoses du coinceur, du piton, de la recherche d'itinéraire, voire des voies expos ou engagées, un choix immense, il faut pour cela préserver les voies en terrain d'aventure et alors le voyage et les rêves ne s'y tariront peut-être jamais. Prenons exemple sur la population Touareg qui a construit un mode de vie propre à la survie dans le désert, cette culture prône un respect envers la nature qui peut nous servir de leçon.
Quelques voies à conseiller pour leur beauté :
Ihaghen, Face sud directe
Adaouda, Le grand dièdre, Cauderlier-Vidal
Tizouyag Sud, Nouvelle Lune et Classique
Sawînan, Dièdre nord
Aoukenet, voie Espagnole
Ilamane, arête Nord-nord-ouest
Tissalatine, Le poids et la Mesure, la clef de la liberté et Un hiver sans toi
Tesnou, Rezzou, Never Up Never In et Les Quatre Peuchères et les Bons Moulays
In Acoulmou, face sud
Oudane, Président et mouflon réunis et Arête Nord
Le rocher du Hoggar
Le rocher du Hoggar est composé de falaises de granite, volcaniques et de grès aux prises parfois fragiles. Vous allez donc vous poser la question de l'intérêt de grimper dans ce pays. La réponse est sans aucun doute fournie par les paysages lunaires et variés du Sahara que l'on ne peut retrouver ailleurs. Les sommets mis à nu par les vastes étendues surgissent avec un contraste saisissant ; l'escalade s'y déroule le long de lignes pures, soit dans des fissures qui s'étirent à n'en plus finir, soit grâce aux recours de goujons au milieu d'un océan de dalles. La quasi-absence de végétation, d'ouvrages liée au travail de l'homme, d'animaux, renforce l'aspect purement minéral des lieux et rend à l'homme sa place d'individu infiniment petit. L'explication que l'on peut donner à la fragilité des prises dans le désert est due à un fort écart de températures entre le jour et la nuit. Ce phénomène diminue avec la fréquentation des voies ou chaque passage de grimpeur nettoie un peu plus l'itinéraire. Aujourd'hui certaines voies peuvent êtres parcourus sans se soucier d'analyser la résistance des prises à prendre. Avec un peu d'habitude, on prend vite confiance dans le rocher. Il faut noter que la résistance du rocher est variable suivant les différents sommets et que certaines faces ne posent aucun problème. Sur neuf mois d'escalades dans le Hoggar, je me suis laissé surprendre une seule fois par un bloc coincé que je croyais pouvoir résister à un effort.
Histoire de l'escalade et de l'Algérie.
Quelques faits historiques de l'histoire du peuple algérien sont à intégrer pour comprendre l'évolution de l'activité de l'escalade dans le pays.
1935 la naissance de l'escalade en Algérie. Tout d'abord, pendant l'occupation française de 1830 à 1962, les portes du Hoggar attirèerent les explorateurs étrangers. La première escalade se fait donc en 1935 par deux suisses H. Bossert et W. Hauser. C'est néanmoins Roger Frison-Roche qui pendant l'année 1935 marque véritablement le premier fondement de l'alpinisme au Hoggar.
À partir des années 1950, la population de grimpeurs devient de plus en plus nombreuse : de 1950 à 1957, une moyenne de 6 ouvertures de voies par an. Le pic des premières dans le Hoggar se fait dans les années 1957-1958 avec 34 ouvertures en 1957 et 23 en 1958. De 1954 à 1962 c'est la guerre qui aboutit à l'indépendance de l'Algérie. De 1959 à 1986 un rythme de croisière s'établit avec une moyenne de 3,3 voies par an. Viendra ensuite le boum touristique dans les années 1987-1988 avec respectivement 11 et 16 ouvertures de voies.
Entre 1992 et 2002, le nord de l'Algérie s'enfonce dans une guerre civile. De 1993-1999, une seule voie ouverte en 1998. En 1999-2000 c'est le retour du Tourisme dans le Hoggar avec une baisse pour l'année 2003. Les grimpeurs sont présents à cette période en 2002 et 2003 avec 13 et 14 ouvertures de voies.
Aujourd'hui, le Hoggar est redevenu un lieu prisé pour l'escalade.
Période :
Toute l'année, jouer avec les altitudes pour ne pas avoir trop froid (températures agréables à l'Assekrem en octobre et en mars), ou trop chaud (températures agréables a Tesnou en décembre et janvier) ou se trouver en mars dans les zones de sables ou il peut y avoir des tempêtes. Attention aux mouches qui sont nombreuses et pénibles à supporter lorsqu'il fait chaud.
https://www.auvieuxcampeur.fr/esc-au-sahara-massif-du-hoggar-algerie.html