Le décès du réalisateur marocain Mohamed Ahed Bensouda

Le réalisateur et scénariste Mohamed Ahed Bensouda est décédé d'une crise cardiaque mardi 3 février 2026 à l'âge de 56 ans à Toulouse en France.

Figure engagée du cinéma marocain contemporain, il laisse derrière lui une œuvre marquée par un regard critique sur la société et un combat constant pour un cinéma authentique et profondément humain, écrit Qods Chabâa dans le 360 (cf. site en lien).

Mohamed Ahed Bensouda (1969‑2026) fut l'une des figures marquantes du cinéma marocain contemporain, réalisateur, scénariste, producteur et directeur de casting, dont l'œuvre s'est construite autour des réalités sociales du Maroc, en particulier la condition des femmes et les tensions entre tradition et modernité.

Son dernier long métrage achevé et sorti est "Les divorcées de Casablanca", présenté en avant‑première à Cannes en 2023 et exploité en salles au Maroc à partir de novembre 2023.

Repères biographiques

Il naît à Tétouan, au nord du Maroc, le 17 juillet 1969.

Il fait des études d'histoire et de littérature française à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Fès à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

Il poursuit ensuite une formation en cinéma en France, notamment à Paris (CinéTel, puis études universitaires de cinéma, d'histoire de l'art et d'archéologie à la Sorbonne).

Très tôt, il obtient sa carte professionnelle de collaborateur à la création de films délivrée par le Centre cinématographique marocain (CCM) et s'insère dans l'industrie comme assistant réalisateur et régisseur.

Formation et débuts professionnels

Entre 1991 et 1993, il suit des stages en techniques cinématographiques au sein de l'association Création Medifilm, ce qui l'initie aux différents métiers de plateau.​

Il travaille comme assistant réalisateur ou régisseur sur de nombreux tournages marocains et internationaux, notamment avec des cinéastes tels que Souheil Ben Barka, Ahmed Boulane, Hamid Benani, Nabil Lahlou, ainsi que sur de grandes productions télévisées bibliques européennes (par exemple "Samson and Delilah", "Moses", "David", "Salomon", "Paul of Tarsus", etc.).​

Cette expérience de plateau nourrit sa connaissance concrète de la production et du casting, qui deviendront deux axes importants de sa carrière.

Producteur, directeur de casting et entrepreneur

Bensouda fonde et dirige la société de production Les Films 7 SARL AU, dont il est le PDG, structure active notamment dans la production et la prestation de services de tournage.

De 1997 à 2002, il est directeur général de la première agence de comédiens au Maroc, Atlas Casting, qui participe à structurer le marché du casting professionnel dans le pays.​

À partir de 2014, il devient membre de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) à Paris, ce qui consacre son inscription dans un réseau d'auteurs au-delà du Maroc.​

Œuvre cinématographique
Courts et moyens métrages

Il signe dès les années 1990 plusieurs films, dont "Le prix de l'insouciance" (1993, long métrage en vidéo), qui annonce son intérêt pour les destins individuels pris dans des contextes sociaux contraignants.

Sa filmographie courte est particulièrement dense au milieu des années 2000 : "Le silence violé" (2003), "La jarre" (2004), "R'da" (2004), "La vitrine" (2004), "Souffrance", "Le Cadeau du baptême", "Les Yeux du cœur" (plusieurs courts tournés en 35 mm en 2004‑2005), ainsi que "Le Revenant" (2008).

Certains de ces films circulent dans les festivals, notamment africains, et sont distingués, Africultures mentionnant des sélections et prix, dont au FESPACO en 2007.​

Longs métrages et fiction télévisée

Il réalise "Histoire d'un lutteur Mchaouchi" (2009), long métrage centré sur la figure d'un lutteur et sur les codes populaires du spectacle, qui contribue à sa reconnaissance nationale.

Il signe "L'ombre du loup", téléfilm de long métrage pour la chaîne 2M (2005), confirmant ses liens étroits avec la production télévisuelle marocaine.

Il accède à une visibilité internationale avec "Derrière les portes fermées" ("Behind Closed Doors", 2014), portrait sans fard des violences faites aux femmes dans l'espace domestique et professionnel, film pour lequel il obtient notamment un Prix spécial du jury à Rotterdam et à Muscat en 2010 (pour un film antérieur, la reconnaissance internationale se consolidant autour de ce titre).

Dans les années 2010, il développe également des séries télévisées dramatiques qui rencontrent le public, comme "Wallah Zaman" (2010), "Leila" (2016) et "Kalus" (2017), faisant de lui l'un des pionniers de la fiction télé marocaine contemporaine.​

Engagement social et films récents

Bensouda est reconnu pour un cinéma explicitement engagé, attaché à dévoiler les injustices sociales, la précarité et les discriminations, en particulier envers les femmes.

Son film "Les divorcées de Casablanca" (2023) s'attaque frontalement au stigmate entourant les femmes divorcées au Maroc, mettant en lumière leurs difficultés économiques, juridiques et familiales.

Il travaille aussi sur des projets plus récents comme "Gayeen Nehazar" (2021), qui prolongent sa réflexion sur la société marocaine en mutation.​

Style, thèmes et reconnaissance

Son cinéma se caractérise par un regard humaniste, une attention à la psychologie des personnages et une mise en scène souvent réaliste, ancrée dans les décors urbains et populaires.

Les tensions entre tradition et modernité, le poids des normes sociales, les rapports de genre et la violence symbolique ou physique sont au cœur de ses récits.

Au fil de sa carrière, ses films sont sélectionnés et primés dans de nombreux festivals au Maroc et à l'étranger, plusieurs d'entre eux ont été couronnés de prix prestigieux.

Mort et héritage

Mohamed Ahed Bensouda s'éteint le mardi 3 février 2026, à l'âge de 56 ans, des suites d'une crise cardiaque, à Toulouse, en France.

Sa disparition suscite une forte émotion dans les milieux culturels marocains et maghrébins, la presse évoquant la perte d'un "visage marquant" du cinéma marocain et d'un cinéaste profondément engagé.

Il laisse une filmographie riche, à la fois pour le cinéma et la télévision, et une empreinte durable dans la profession, en tant que réalisateur, producteur, directeur de casting et formateur de générations d'acteurs et de techniciens.

Partners

  • Arterial network
  • Media, Sports and Entertainment Group (MSE)
  • Gens de la Caraïbe
  • Groupe 30 Afrique
  • Alliance Française VANUATU
  • PACIFIC ARTS ALLIANCE
  • FURTHER ARTS
  • Zimbabwe : Culture Fund Of Zimbabwe Trust
  • RDC : Groupe TACCEMS
  • Rwanda : Positive Production
  • Togo : Kadam Kadam
  • Niger : ONG Culture Art Humanité
  • Collectif 2004 Images
  • Africultures Burkina-Faso
  • Bénincultures / Editions Plurielles
  • Africiné
  • Afrilivres

With the support of