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Atria est une association et une structure de travail créée au début des années 1980 à Paris autour d'Andrée Davanture, pour soutenir de façon indépendante la fabrication des films africains (et plus largement du Sud) sur le plan du montage, de la production et de la post production.
Naissance d'Atria
- À la fin des années 1970, la section technique du ministère français de la Coopération, où Davanture travaillait au service de films africains, est brutalement arrêtée après un incendie et une remise en cause politique de cette aide publique.
- Face au risque de voir des films en cours abandonnés et l'élan du cinéma africain brisé, Davanture et un noyau de techniciens et cinéastes (Safi Faye, Férid Boughedir, Souleymane Cissé, etc.) réfléchissent à une structure autonome, non gouvernementale, capable de prendre le relais.
- De cette réflexion naît en 1980 1981 l'association Atria (loi 1901), conçue comme un outil souple et indépendant au service des auteurs africains, tout en restant partiellement financée par le ministère de la Coopération et le CNC.
Objet et fonctionnement
- Atria se définit comme une structure collective atypique de soutien au montage et à la production : elle accompagne les cinéastes de l'écriture à la finition du film, en aidant aux scénarios, aux plans de financement, à l'organisation des tournages, aux prestations techniques, au montage, à la post production ainsi qu'à la présentation en festivals.
- Dès l'origine, l'association est doublée d'une coopérative, Atriascoop (ou Atriacop), qui facture les prestations techniques à des tarifs très inférieurs aux prix du marché, permettant ainsi à des films aux budgets fragiles d'être menés à terme.
- Le local de l'avenue Jules Ferry à Paris devient un "carrefour du Sud" : un lieu de travail mais aussi de rencontres, de débats et d'hébergement informel pour des réalisateurs de passage, ce qui fait d'Atria à la fois un outil professionnel et un espace humain, intellectuel et politique.
Rôle dans le cinéma africain (et au delà)
- Depuis Finye (ou Finyè), l'un des premiers longs métrages de Souleymane Cissé au début des années 1980, jusqu'aux années 1990, Atria accompagne environ 250 courts et longs métrages en moins de vingt ans.
- D'abord centrée sur l'Afrique subsaharienne francophone, la structure élargit peu à peu son action aux cinématographies arabes, puis asiatiques et latino américaines, tout en gardant comme priorité le soutien à des films souvent critiques ou peu rentables, que les producteurs classiques boudent.
- Atria joue aussi un rôle de médiation avec les bailleurs français, face à des pouvoirs publics parfois méfiants vis à vis de films jugés trop politiques : son autonomie par rapport à l'État permet d'amortir certaines pressions mais n'empêche pas les tensions.
Crise et arrêt des activités
- Toujours "sur la corde raide" financière, Atria est fragilisée par la dévaluation du franc CFA en 1994, qui laisse de nombreux partenaires africains dans l'impossibilité de rembourser des dettes pour lesquelles l'association s'est portée caution.
- En 1998, le ministère de la Coopération décide unilatéralement de ne plus subventionner Atria, en promettant une réflexion sur l'avenir des structures actives dans le développement culturel ; cette réflexion n'aboutit pas pour Atria, qui se retrouve contrainte de cesser ses actions.
- L'article du Monde de 1999 décrit une association épuisée mais combative, dont l'animatrice Andrée Davanture continue de se battre pour que l'esprit qui avait rendu nécessaire la création d'Atria - la nécessité d'un outil indépendant au service des cinés du Sud - soit reconnu comme toujours actuel.
Héritage
- Entre 1980 et 1999, Atria a contribué à la révélation de plusieurs dizaines de réalisateurs africains et à la constitution d'un véritable patrimoine du cinéma d'Afrique francophone, en garantissant la finition matérielle de films majeurs mais aussi en façonnant une culture collective du montage et de la production.
- Son modèle - petite structure souple, mixant association et coopérative, articulant exigence artistique, engagement politique et solidarité concrète - reste une référence dans les débats sur les dispositifs d'aide aux cinémas du Sud et sur les limites de la coopération culturelle française.
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